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Les Chercheurs d’or de l’Afrique australe

Les Chercheurs d’or de l’Afrique australe in Vernon, BC

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Sur le sentier de la guerre. Vers cinq heures du soir, Colette laissa le piano où elle répétait les airs préférés de sa mère, et, faisant signe à Lina, qui brodait silencieusement près d’elle, de ne pas quitter le salon, elle se disposa à aller au-devant des promeneurs, car il y avait déjà quelque temps qu’elle sentait comme une oppression, un malaise indéfinissable, un désir redoublé de presser dans ses bras sa chère petite fille. Mme Massey, qui paraissait sommeiller, se souleva brusquement aussitôt que les notes cessèrent de vibrer : « Qu’y a-t-il ? fit-elle d’un ton de somnambule. Est-ce Tottie qui rentre ? Vite, qu’elle vienne !… que je voie son visage de chérubin. — Non, maman, dit Colette revenant à elle pour l’embrasser tendrement et affectant de ne pas comprendre l’appréhension cachée sous ces paroles. Tottie n’est pas encore revenue ; mais j’avais hâte comme vous de revoir sa petite frimousse et je me disposais à aller à sa rencontre. Vous permettez que je vous quitte un moment, Lina et vous ? — Oui, oui, dirent ensemble les deux dames. Allez vite, Colette ; va vite, ma fille !… » À peine fut-elle sortie que Mme Massey attira sur son épaule la tête de Lina, et, éclatant en pleurs : « Oh ! ma fille ! ma chère petite fille… j’ai le cœur gros !… j’ai le cœur plein de craintes… — Que craignez-vous, mère chérie ? dit Lina, brave et tendre. Vous qui m’avez tant réconfortée ; vous qui avez remplacé la mère que j’ai perdue si jeune ; qui avez calmé toutes mes terreurs d’enfant, dites-moi les vôtres, je les partagerai ; peut-être saurai-je les dissiper… Et puis nous les épargnerons à Colette, elle qui a déjà tant de responsabilités à soutenir ; nous parlerons ensemble de vos appréhensions et cela les adoucira… Que redoutez-vous, maman ?… Dites-le à votre petite Lina… — Aujourd’hui, ma chère fille, dit Mme Massey avec effort, mes terreurs sont si noires, si nombreuses, si pesantes, que je saurais à peine par où commencer pour les exprimer. Plutôt faudrait-il me demander : « Y a-t-il un malheur que vous ne craigniez point ?… » Et je crois bien que la réponse serait négative. Oh ! Lina ! il est un désastre, en tout cas, qui n’est plus à craindre, car il m’a atteinte irrémédiablement. Je perds la vue, ma fille, il n’y a plus d’illusion à se faire… Comprends-tu, Lina, l’horreur de ce mot : aveugle ? Sais-tu ce qu’il comporte de désolation, d’amertume, de dépendance, d’isolement ?… — Oh ! mère ! mère !… s’écria impétueusement la jeune fille, la pressant dans ses bras, couvrant de baisers le beau visage pâle, les cheveux blancs, les tristes yeux voilés ; ne parlez pas ainsi !… Je vous ai demandé de tout me dire ; je suis prête à regarder en face avec vous, pour les combattre, tous les noirs fantômes qui hantent votre cher cœur ; mais je ne veux pas vous laisser dire que vous pourriez être isolée au milieu de nous, ou qu’il vous serait amer de devoir accepter nos soins. Examinons courageusement le malheur que vous craignez. Admettons qu’il est irrévocable, que vous soyez menacée, non pas d’une obscurité momentanée, mais de la perte complète de la vue. Eh bien, maman, pouvez-vous dire, osez-vous dire qu’avec tous les yeux qui vous entourent, qui seront trop heureux, trop honorés de vous servir à toute heure, vous n’y verrez pas aussi clair que le mortel le mieux doué sous ce rapport ? N’est-ce pas un bonheur de se sentir pratiquement aimé à chaque instant de son existence ? Et s’il fallait, comme vous le craignez, que vous vous en remettiez à vos filles de tous les menus soins que vous-même leur avez rendus tant de fois, croyez-vous que ce ne sera pas pour elles un privilège de pouvoir vous prouver à toutes les minutes de la vie que vous leur êtes chère, précieuse, sacrée ? Dites, maman, vous le croyez, que votre petite Lina serait heureuse, heureuse de vous servir de guide, de soutien, de servante, vous à qui elle doit tant !… qui vous aime si chèrement !… — Je le crois, ma fille ! je le crois !… » dit Mme Massey passant à plusieurs reprises sa main amaigrie sur la tête blonde appuyée à son épaule. Puis, après un moment : « Tu m’as réconfortée, Lina ; c’est un soulagement d’exprimer sa peine… et surtout de la verser dans un cœur comme le tien. Oui, tu as raison : on n’a pas le droit de se plaindre d’un malheur comme celui qui m’atteint lorsque de telles consolations peuvent l’adoucir… Plût au ciel qu’il n’y eut que cela à craindre !… — Vous pensez, cela va sans dire, aux dangers qui menacent tous ceux que nous aimons, dit Lina, luttant bravement contre les larmes qui montaient à ses propres yeux à l’idée de ces dangers. Mais rappelez-vous ce qu’ils nous ont tant recommandé tous : « Pas de mélancolie ! pas de transes inutiles ! tâchez de vous garder fortes et gaies ; que nous ne soyons pas assiégés, là-bas, par l’image déprimante de femmes qui tremblent et se désolent en vain au foyer ! Donnez-nous l’assurance, par votre parole et par vos lettres, que vous savez être héroïques dans la limite qui vous est permise, et nous-mêmes nous nous sentirons dix fois plus forts pour faire notre devoir, pour braver les dangers de l’adversité ! » Ne pas tâcher de leur obéir à la lettre, ce serait un peu trahir la confiance qu’ils ont mise en nous. — Tu as raison, entièrement raison, ma Lina, si frêle et si souffreteuse quand je t’ai vue pour la première fois !… Qui l’eût dit, que tu cachais, sous cette fragile enveloppe, un cœur de Bradamante ? fit Mme Massey, tandis qu’un bon sourire rasséréné venait éclairer ses traits. — Avais-je un cœur ou quoi que ce soit qui m’appartînt en propre, petite épave insignifiante et ballottée que j’étais alors ?… Si je suis, comme vous dites, une Bradamante, c’est vous qui en êtes responsables, vous tous qui m’avez appris à endurer, à lutter, à ne jamais désespérer… Que ne dois-je pas à Colette, à Gérard ?… » Elle s’arrêta, et toutes deux demeurèrent un instant songeuses. « Oui, reprit Mme Massey comme si elles eussent pensé ensemble, je dis avec toi que tu dois beaucoup à mon fils ; mais j’ajoute que je te trouve de tous points digne de lui. Et c’est du fond du cœur que je vous bénirai le jour où viendra votre union… — Mais, maman !… protesta Lina confuse, je ne sais !… je ne pensais pas !… il ne m’a jamais dit !… — Quoi, ma fille, voudrais-tu dissimuler avec moi ? ou est-il possible que je me sois trompée en vous croyant tacitement engagés pour la vie ? Je ne t’en disais rien, mais je croyais que nous nous entendions. Plus d’une fois, je t’assure, mon mari et moi nous avons fait pour vous deux des projets d’avenir…
Sur le sentier de la guerre. Vers cinq heures du soir, Colette laissa le piano où elle répétait les airs préférés de sa mère, et, faisant signe à Lina, qui brodait silencieusement près d’elle, de ne pas quitter le salon, elle se disposa à aller au-devant des promeneurs, car il y avait déjà quelque temps qu’elle sentait comme une oppression, un malaise indéfinissable, un désir redoublé de presser dans ses bras sa chère petite fille. Mme Massey, qui paraissait sommeiller, se souleva brusquement aussitôt que les notes cessèrent de vibrer : « Qu’y a-t-il ? fit-elle d’un ton de somnambule. Est-ce Tottie qui rentre ? Vite, qu’elle vienne !… que je voie son visage de chérubin. — Non, maman, dit Colette revenant à elle pour l’embrasser tendrement et affectant de ne pas comprendre l’appréhension cachée sous ces paroles. Tottie n’est pas encore revenue ; mais j’avais hâte comme vous de revoir sa petite frimousse et je me disposais à aller à sa rencontre. Vous permettez que je vous quitte un moment, Lina et vous ? — Oui, oui, dirent ensemble les deux dames. Allez vite, Colette ; va vite, ma fille !… » À peine fut-elle sortie que Mme Massey attira sur son épaule la tête de Lina, et, éclatant en pleurs : « Oh ! ma fille ! ma chère petite fille… j’ai le cœur gros !… j’ai le cœur plein de craintes… — Que craignez-vous, mère chérie ? dit Lina, brave et tendre. Vous qui m’avez tant réconfortée ; vous qui avez remplacé la mère que j’ai perdue si jeune ; qui avez calmé toutes mes terreurs d’enfant, dites-moi les vôtres, je les partagerai ; peut-être saurai-je les dissiper… Et puis nous les épargnerons à Colette, elle qui a déjà tant de responsabilités à soutenir ; nous parlerons ensemble de vos appréhensions et cela les adoucira… Que redoutez-vous, maman ?… Dites-le à votre petite Lina… — Aujourd’hui, ma chère fille, dit Mme Massey avec effort, mes terreurs sont si noires, si nombreuses, si pesantes, que je saurais à peine par où commencer pour les exprimer. Plutôt faudrait-il me demander : « Y a-t-il un malheur que vous ne craigniez point ?… » Et je crois bien que la réponse serait négative. Oh ! Lina ! il est un désastre, en tout cas, qui n’est plus à craindre, car il m’a atteinte irrémédiablement. Je perds la vue, ma fille, il n’y a plus d’illusion à se faire… Comprends-tu, Lina, l’horreur de ce mot : aveugle ? Sais-tu ce qu’il comporte de désolation, d’amertume, de dépendance, d’isolement ?… — Oh ! mère ! mère !… s’écria impétueusement la jeune fille, la pressant dans ses bras, couvrant de baisers le beau visage pâle, les cheveux blancs, les tristes yeux voilés ; ne parlez pas ainsi !… Je vous ai demandé de tout me dire ; je suis prête à regarder en face avec vous, pour les combattre, tous les noirs fantômes qui hantent votre cher cœur ; mais je ne veux pas vous laisser dire que vous pourriez être isolée au milieu de nous, ou qu’il vous serait amer de devoir accepter nos soins. Examinons courageusement le malheur que vous craignez. Admettons qu’il est irrévocable, que vous soyez menacée, non pas d’une obscurité momentanée, mais de la perte complète de la vue. Eh bien, maman, pouvez-vous dire, osez-vous dire qu’avec tous les yeux qui vous entourent, qui seront trop heureux, trop honorés de vous servir à toute heure, vous n’y verrez pas aussi clair que le mortel le mieux doué sous ce rapport ? N’est-ce pas un bonheur de se sentir pratiquement aimé à chaque instant de son existence ? Et s’il fallait, comme vous le craignez, que vous vous en remettiez à vos filles de tous les menus soins que vous-même leur avez rendus tant de fois, croyez-vous que ce ne sera pas pour elles un privilège de pouvoir vous prouver à toutes les minutes de la vie que vous leur êtes chère, précieuse, sacrée ? Dites, maman, vous le croyez, que votre petite Lina serait heureuse, heureuse de vous servir de guide, de soutien, de servante, vous à qui elle doit tant !… qui vous aime si chèrement !… — Je le crois, ma fille ! je le crois !… » dit Mme Massey passant à plusieurs reprises sa main amaigrie sur la tête blonde appuyée à son épaule. Puis, après un moment : « Tu m’as réconfortée, Lina ; c’est un soulagement d’exprimer sa peine… et surtout de la verser dans un cœur comme le tien. Oui, tu as raison : on n’a pas le droit de se plaindre d’un malheur comme celui qui m’atteint lorsque de telles consolations peuvent l’adoucir… Plût au ciel qu’il n’y eut que cela à craindre !… — Vous pensez, cela va sans dire, aux dangers qui menacent tous ceux que nous aimons, dit Lina, luttant bravement contre les larmes qui montaient à ses propres yeux à l’idée de ces dangers. Mais rappelez-vous ce qu’ils nous ont tant recommandé tous : « Pas de mélancolie ! pas de transes inutiles ! tâchez de vous garder fortes et gaies ; que nous ne soyons pas assiégés, là-bas, par l’image déprimante de femmes qui tremblent et se désolent en vain au foyer ! Donnez-nous l’assurance, par votre parole et par vos lettres, que vous savez être héroïques dans la limite qui vous est permise, et nous-mêmes nous nous sentirons dix fois plus forts pour faire notre devoir, pour braver les dangers de l’adversité ! » Ne pas tâcher de leur obéir à la lettre, ce serait un peu trahir la confiance qu’ils ont mise en nous. — Tu as raison, entièrement raison, ma Lina, si frêle et si souffreteuse quand je t’ai vue pour la première fois !… Qui l’eût dit, que tu cachais, sous cette fragile enveloppe, un cœur de Bradamante ? fit Mme Massey, tandis qu’un bon sourire rasséréné venait éclairer ses traits. — Avais-je un cœur ou quoi que ce soit qui m’appartînt en propre, petite épave insignifiante et ballottée que j’étais alors ?… Si je suis, comme vous dites, une Bradamante, c’est vous qui en êtes responsables, vous tous qui m’avez appris à endurer, à lutter, à ne jamais désespérer… Que ne dois-je pas à Colette, à Gérard ?… » Elle s’arrêta, et toutes deux demeurèrent un instant songeuses. « Oui, reprit Mme Massey comme si elles eussent pensé ensemble, je dis avec toi que tu dois beaucoup à mon fils ; mais j’ajoute que je te trouve de tous points digne de lui. Et c’est du fond du cœur que je vous bénirai le jour où viendra votre union… — Mais, maman !… protesta Lina confuse, je ne sais !… je ne pensais pas !… il ne m’a jamais dit !… — Quoi, ma fille, voudrais-tu dissimuler avec moi ? ou est-il possible que je me sois trompée en vous croyant tacitement engagés pour la vie ? Je ne t’en disais rien, mais je croyais que nous nous entendions. Plus d’une fois, je t’assure, mon mari et moi nous avons fait pour vous deux des projets d’avenir…

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