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Ferroviaires: le train de banlieue comme portrait du monde

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Le réel contemporain, celui des hyper-métropoles, est foisonnant et complexe. Pourtant, c’est lui qui recèle les traces du destin de la communauté, ce que nous inscrivons, dans le présent, de notre éventuel devenir. Le réel ne cache rien : la misère, les conforts, le doute comme la crasse ou le rire, et les fenêtres. Pour peu que ce réel soit en mouvement, gens qui montent, descendent, agissent, parlent, et eux-mêmes emportés avec la ville, géométries, noms, immeubles, défilant sur les vitres, alors c’est une arme pour le retourner, ce réel invisible, comme un gant. C’est l’acte de violence de l’écrivain. Il nomme, il se saisit de la vibration du visible et en fait langue. Alors nous sortons renforcés, même si la détresse du réel est la même. Sereine Berlottier a publié chez Fayard un livre étonnant et angoissant, Nu précipité dans le vide , marche enquête vers le suicide de Gherasim Luca, avec archives et bibliothèques, mais surtout travail sur la répercussion intérieure de cette approche, l’ombre active et grandissante qui se fait en vous-même dangereuse. Elle a récemment publié à La Rivière Echappée (collection dirigée par François Rannou), Chao praya , et est membre de la rédaction de remue.net . J’ai toujours eu fascination (et cette mise en ligne pourrait paradoxalement être dédiée à Julien Gracq) à comment l’outil littérature pouvait inscrire du réel ne disposant pas encore de sa propre représentation. Lorsque j’ai écrit paysage Fer , la ligne de train Paris-Nancy me permettait une remontée vers mon propre temps, la province, l’échelle des villes, le travail (métallurgie, mines) à son origine. J’ai cette même fascination pour le paysage urbain, et ce que Edward Hopper, par exemple, nous a appris pour sa saisie cinétique. Récemment encore, sur le même trajet qu’explore, 1ère moitié aller, 2ème moitié retour, le texte de Sereine Berlottier, j’avais fait une série de photographies . Ce qui est fascinant, c’est comment la littérature, à condition de se charger de l’expérience poétique, du dessin de la phrase, peut aborder ces cinétiques, ces géométries, cet anonymat, et la répétition des jours – aller-retour professionnel de Paris à la bibliothèque d’une ville nouvelle , mais pas besoin d’en parler, ce n’est pas évoqué dans le texte, et c’est écrit longtemps après qu’on ne le fait plus, ce trajet... FB
Le réel contemporain, celui des hyper-métropoles, est foisonnant et complexe. Pourtant, c’est lui qui recèle les traces du destin de la communauté, ce que nous inscrivons, dans le présent, de notre éventuel devenir. Le réel ne cache rien : la misère, les conforts, le doute comme la crasse ou le rire, et les fenêtres. Pour peu que ce réel soit en mouvement, gens qui montent, descendent, agissent, parlent, et eux-mêmes emportés avec la ville, géométries, noms, immeubles, défilant sur les vitres, alors c’est une arme pour le retourner, ce réel invisible, comme un gant. C’est l’acte de violence de l’écrivain. Il nomme, il se saisit de la vibration du visible et en fait langue. Alors nous sortons renforcés, même si la détresse du réel est la même. Sereine Berlottier a publié chez Fayard un livre étonnant et angoissant, Nu précipité dans le vide , marche enquête vers le suicide de Gherasim Luca, avec archives et bibliothèques, mais surtout travail sur la répercussion intérieure de cette approche, l’ombre active et grandissante qui se fait en vous-même dangereuse. Elle a récemment publié à La Rivière Echappée (collection dirigée par François Rannou), Chao praya , et est membre de la rédaction de remue.net . J’ai toujours eu fascination (et cette mise en ligne pourrait paradoxalement être dédiée à Julien Gracq) à comment l’outil littérature pouvait inscrire du réel ne disposant pas encore de sa propre représentation. Lorsque j’ai écrit paysage Fer , la ligne de train Paris-Nancy me permettait une remontée vers mon propre temps, la province, l’échelle des villes, le travail (métallurgie, mines) à son origine. J’ai cette même fascination pour le paysage urbain, et ce que Edward Hopper, par exemple, nous a appris pour sa saisie cinétique. Récemment encore, sur le même trajet qu’explore, 1ère moitié aller, 2ème moitié retour, le texte de Sereine Berlottier, j’avais fait une série de photographies . Ce qui est fascinant, c’est comment la littérature, à condition de se charger de l’expérience poétique, du dessin de la phrase, peut aborder ces cinétiques, ces géométries, cet anonymat, et la répétition des jours – aller-retour professionnel de Paris à la bibliothèque d’une ville nouvelle , mais pas besoin d’en parler, ce n’est pas évoqué dans le texte, et c’est écrit longtemps après qu’on ne le fait plus, ce trajet... FB

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