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Je suis issue d’un peuple qui aime sa langue morte comme une maîtresse aime son amant, de ce même amour pénible et violent que l’on ressent pour une passion évanescente ou pour toute autre chose qui n’est pas à nous. L’amour, le vrai, n’existe que dans la fragilité. Les yeux que posent les maîtresses sur leurs amants contiennent mille fois plus d’amour que n’en contiendront jamais les yeux des femmes pour leurs maris. Les peuples défaits et les maîtresses aiment leur langue et leur homme de ce même amour agonisant, mêlé d’espoir et de désespoir. Moi, je viens d’un pays qui n’attendra plus jamais de révolution. C’est qu’il y a une limite au nombre de défaites qu’un homme et un peuple peuvent encaisser. Cet interminable combat dans mon lit comme champ de bataille, à m’acharner à me faire aimer par un roi, un bourreau, un amant, un homme quoi, incapable d’amour pour moi, devra bien un jour ou l’autre arriver à cette fin mille fois repoussée. Quatre ans que c’est ainsi. À aimer autant que haïr. À perdre plus que gagner. À espérer. Une révolte, un désordre, une quelconque insoumission, n’importe quoi de tout sauf tranquille. Une jeune femme attend son amant. Il est plus vieux qu’elle. Il est marié. Il vient la voir quand bon lui semble et la quitte ensuite immanquablement pour aller retrouver sa femme. Elle n’est que la maîtresse. Il est le roi. Son roi. Pourtant, pour rien au monde elle ne renoncerait à lui. Surtout pas pour les bras d’un plus jeune. Pendant qu’elle l’attend, elle lit. Annie Ernaux ou Roland Barthes, Françoise Sagan ou Marguerite Duras. Mais surtout Hubert Aquin, Prochain épisode. Et la taraude cette question obsédante : Comment expliquer cette propension qu’ont un peuple et certaines filles à plonger la tête la première dans un merdier? À s’abîmer dans des rêves auxquels eux-mêmes ne croient pas? Elizabeth Lemay donne ici un premier roman dérangeant, provocateur, qui pose une interrogation radicale sur l’amour, sa nature, sa fonction.
Je suis issue d’un peuple qui aime sa langue morte comme une maîtresse aime son amant, de ce même amour pénible et violent que l’on ressent pour une passion évanescente ou pour toute autre chose qui n’est pas à nous. L’amour, le vrai, n’existe que dans la fragilité. Les yeux que posent les maîtresses sur leurs amants contiennent mille fois plus d’amour que n’en contiendront jamais les yeux des femmes pour leurs maris. Les peuples défaits et les maîtresses aiment leur langue et leur homme de ce même amour agonisant, mêlé d’espoir et de désespoir. Moi, je viens d’un pays qui n’attendra plus jamais de révolution. C’est qu’il y a une limite au nombre de défaites qu’un homme et un peuple peuvent encaisser. Cet interminable combat dans mon lit comme champ de bataille, à m’acharner à me faire aimer par un roi, un bourreau, un amant, un homme quoi, incapable d’amour pour moi, devra bien un jour ou l’autre arriver à cette fin mille fois repoussée. Quatre ans que c’est ainsi. À aimer autant que haïr. À perdre plus que gagner. À espérer. Une révolte, un désordre, une quelconque insoumission, n’importe quoi de tout sauf tranquille. Une jeune femme attend son amant. Il est plus vieux qu’elle. Il est marié. Il vient la voir quand bon lui semble et la quitte ensuite immanquablement pour aller retrouver sa femme. Elle n’est que la maîtresse. Il est le roi. Son roi. Pourtant, pour rien au monde elle ne renoncerait à lui. Surtout pas pour les bras d’un plus jeune. Pendant qu’elle l’attend, elle lit. Annie Ernaux ou Roland Barthes, Françoise Sagan ou Marguerite Duras. Mais surtout Hubert Aquin, Prochain épisode. Et la taraude cette question obsédante : Comment expliquer cette propension qu’ont un peuple et certaines filles à plonger la tête la première dans un merdier? À s’abîmer dans des rêves auxquels eux-mêmes ne croient pas? Elizabeth Lemay donne ici un premier roman dérangeant, provocateur, qui pose une interrogation radicale sur l’amour, sa nature, sa fonction.

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